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29.04.2008

Malgré le vent

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Rétablir l’ordre, mais quel ordre ? 8/10

Ordre et Autorité : le champ de la liberté

Certains affirment que les lois contre l’insécurité sont liberticides. Dans une "Chronique du bon sens", Gustave Thibon racontait que, suite à un article, un lecteur lui écrivait : "Vous, les hommes de droite, vous ne changerez jamais : vous préférerez toujours l’ordre à la liberté" (sic).
 
Derrière cette accusation, il faut voir la fausse conception de la liberté qui est, comme l’écrivait Jean Ousset, "essentiellement conçue comme un rejet, un refus de tout ce qui peut, de l’extérieur, ordonner l’action de l’homme... de tout ce qui étant « autre » que lui risque de s’imposer ou d’agir dans la détermination de son comportement". "Ordonner l’action de l’homme", c’est l’inscrire dans un certain ordre : définir la liberté, c’est définir l’ordre qui la favorise.

L’ordre et la liberté vont de pair. Ecoutons, une nouvelle fois, Gustave Thibon qui répond à son lecteur : "Je ne préfère pas l’ordre à la liberté, ces deux choses n’en faisant qu’une à mes yeux. Il n’y a pas d’ordre sans liberté : un corps, par exemple, est d’autant mieux ordonné que ses organes fonctionnent plus librement, chacun à sa place et dans ses limites. Réciproquement, il n’y a pas de vraie liberté sans ordre : dans un corps déréglé par une grave maladie, les organes sont gênés dans leurs fonctions... Et, c’est vrai aussi pour la société : imaginez une ville livrée à l’émeute et au pillage ; chacun y tremble pour ses biens et pour sa vie, n’ose plus sortir ni s’exprimer - personne n’est libre".
 
A suivre : Libérer l’homme de l’ordre ? 

28.04.2008

Fraction - Emeutes

La confession du Français moyen

 
JEAN YANNE : La confession du Français moyen 1966

Rétablir l’ordre, mais quel ordre ? 7/10

Légitime défense et groupes d’autodéfense
 
Distinguons alors la légitime défense de la vengeance qui toutes deux peuvent apparaître comme une violence. La légitime défense est l’expression de la force qui pallie l’absence de forces de l’ordre, tandis que la vengeance est une violence. La force canalise nos comportements. Or la légitime défense se définit en particulier par la proportionnalité de la réponse à l’agression. Cette proportionnalité, c’est notre comportement canalisé en fonction de la finalité à atteindre. Si la réponse à l’agression n’est pas proportionnelle, il n’y a plus de légitime défense ni d’usage de la force mais il y a violence.

Face à l’insécurité, de nombreux quartiers ont vu s’instaurer des "milices d’autodéfense". Qui refuserait de protéger les quartiers où il habite lorsque ses enfants rentrent à la maison à la nuit tombée ? Personne sinon un idéologue... S’il faut œuvrer pour que l’Etat remplisse ses missions régaliennes, parmi lesquelles la sécurité des personnes et des biens, cela n’empêche pas de prendre des mesures conservatoires, en aval de l’insécurité. En d’autres termes, créer une "garde" de quartiers peut relever directement d’un devoir civique. Tout le problème résidera dans l’action concrète : naissant de l’absence d’ordre, il n’y a rien qui puisse la retenir et la canaliser. Les dérives sont donc faciles et ce palliatif de la force publique peut aisément se muer en violence en particulier par des actes de vengeance. Nulle condamnation de principe donc, mais un devoir de grande prudence dans l’action, éclairée par un juste souci du bien commun.
 
A suivre :  Ordre et Autorité : le champ de la liberté

Tu ne viens pas de nulle part

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27.04.2008

Les Badouillards, ancètres des casuals parisiens

 
 

Pour tenter de lutter contre l’Arsouille, dont les millions, le luxe et la folie avaient atteint une gloire qui confinait au mythe, quelques jeunes gens jaloux imaginèrent de créer des associations de plaisir. Une cotisation versée par chaque membre constituerait une cagnotte, dont le produit serait fastueusement dépensé pendant les trois jours gras du carnaval, afin de concurrencer l’excentrique milord. C’est ainsi que fut fondée la Société des Badouillards, dans laquelle on n’était admis qu’après avoir triomphé des épreuves suivantes :

a)      Prouver sa force et son agilité, car il n’y avait pas de bonne fête sans coups de poing ni horions ;

b)      Fréquenter, de façon suivie, les salles d’escrime, de boxe et de chausson, de canne et de savate ;

c)      Prouver son courage dans une ou plusieurs rencontres ;

d)      Avoir été distingué, à la Chaumière et aux bals de l’Odéon, pour ses talents chorégraphiques et sa façon élégante d’engueuler le pékin ;

e)      Haïr les bourgeois, leur sommeil et leur repos, et fournir un répertoire de chansons politiques, érotiques ou autres, propres à faire trembler toute une ville de province ;

f)        Passer une nuit au bal.

Cette épreuve était la dernière et la plus importante. Elle commençait par un dîner digne de Gargantua, qui durait jusqu’à minuit, heure à laquelle on entrait au bal, où l’aspirant était tenu de suivre les anciens en tout. Le lendemain, au déjeuner, il devait « engueuler » tous ceux qui se présentaient devant lui, puis, costumé, il devait courir tous les cafés, jouer au billard, courtiser les filles et être prêt à recommencer le soir même. L’épreuve durait deux jours et deux nuits, au bout desquels, si l’aspirant n’avait pas roulé sous la table, s’il ne s’était pas effondré sur une banquette de café, s’il n’avait reculé devant aucune des propositions des anciens, on le proclamait digne d’entrer, et il était promu Badouillard.

Cette association n’était pas la seule de son espèce, on en comptait une vingtaine à Paris, toutes crées dans le même but, imposant des épreuves analogues et affublées des titres les plus divers : Les Pur-Sang, les Boussingots, les Infatigables, etc…

 

Guide du Paris mystérieux, les guides noirs

 

Rétablir l’ordre, mais quel ordre ? 6/10

Existe-t-il une violence légitime ?

Lors d’un congrès de Lausanne intitulé "Force et violence", Jean Ousset expliquait : "La violence comme telle n’est pas curative. Elle peut servir à débarrasser d’un parasite malfaisant un corps social menacé depuis peu, ou superficiellement atteint. Elle n’a jamais suffi et elle ne suffira jamais à redonner la santé à une communauté sociale...". Si une violence peut donc être légitime, son champ d’action demeure très limité. Mais comment juger de la légitimité d’une violence ? Dans "Les notions de force et violence", il écrivait ceci : "Si la force, la vraie force, est UNE, comme la vérité, comme l’ordre dont elle est une vertu, il y a par contre violence et violence. Une violence juste, bienfaisante, reconstructrice lorsqu’elle s’attache à la défense, à la restauration de l’ordre vrai ; une violence injuste, malfaisante, lorsqu’elle s’applique à détruire". Mais une violence qui apparaît légitime n’est souvent qu’une force qui ne dit pas son nom : celui qui, par exemple, dit se faire violence à lui-même, ne fait qu’user de la vertu de force. Lorsque que nous disons que l’Etat possède le "monopole de la violence légitime", nous parlons en fait des forces qu’il a pour faire respecter l’ordre.

La violence pouvant être une réaction au désordre, nous mesurons la difficulté de qualifier cette réaction. Relève-t-elle de la violence ou de la force ? Au-delà du désordre moral, social et politique, elle respecte l’ordre naturel. L’ordre visible a disparu mais non l’ordre des choses qui demeure malgré tout. Ne peut-on pas parler de force puisqu’elle tend au bien malgré le désordre ?

A suivre : Légitime défense et groupes d’autodéfense

Les petits prétentieux

 
 
 

Financiers parisiens d'hier et d'aujourd'hui



Que n’ai-je ici sa voix pour crier à ma patrie que, tant qu’elle n’immolera pas cette redoutable et cruelle finance qui fait couler dans les larges bassins du luxe le pur sang de l’Etat, le nombre de pauvres, qui va en croissant chaque année, laissera bientôt à sec l’agriculture, le commerce, les arts utiles et consolateurs ; si le gouvernement n’affaiblit pas peu à peu cet agiotage scandaleux qui tue la morale et dessèche la subsistance du peuple ; s’il laisse la finance concentrer tout l’argent dans les mains d’une petite portion de citoyens ; si les grands capitalistes sont les seuls qu’on considère ; et si tous les ménagements sont pour eux, les princes et les sujets seront bientôt desséchés par ce corps dévorant.

Eh ! Que fait la finance ! Elle fait vivre quelques laquais de plus, elle donne aux modes un cours plus rapide ; mais ce ne sont là que des palliatifs. Ces riches envoient leur argent aux Indes et à la Chine, et leur opulence ne tourne point au profit des pauvres qui vivent en France. Malheureux le siècle vendu aux riches, et où l’or a un pouvoir prodigieux !

Louis-Sebastien Mercier, le tableau de Paris, 1788

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