14.05.2008

Le règne de la quantité

Nous voici donc à l'ère de l'Homo oeconomicus. Constatation élémentaire, mais dont beaucoup - parmi ceux qui la font - ne perçoivent même plus l'étendue. Elle est pourtant considérable. On ne dit plus : qui est-ce ? Ou que vaut-il ? Mais : combien vaut-il ? Car il est entendu, désormais, que le bonheur n'est qu'affaire de biens matériels. La propriété familiale, elle-même, ne vaut plus que sa valeur en argent. Tout se vend, tout s'achète : les souvenirs et l'honneur également. Le dernier homme, décrit par Nietzsche, ne cesse de prendre la parole : "Amour ? Création ? Désir ? Étoile ? Qu'est cela ? Ainsi demande le dernier homme et il cligne de l'oeil. La terre sera devenue plus aiguë et sur elle sautillera le dernier homme qui amenuise tout (...) Nous avons inventé le bonheur, disent les derniers hommes et ils clignent de l'oeil ". 

La " loi du marché " - c'est-à-dire la loi des marchands - a pris le pas sur les impératifs de souveraineté nationale, de préservation du patrimoine, d'enracinement des cultures, de retransmission de l'héritage. Tout peut être cédé au " plus offrant " : à celui qui met le plus sur la table. La richesse qui ne peut être l'objet de commerce ou d'échanges ne vaut rien. L'homme lui-même ne vaut plus que ce que valent les choses qu'il possède. L'homme se " technomorphise ". Il devient également une chose. On sait d'ailleurs combien vaut la vie d'un homme : les variations ne dépendent que de son statut socio-économique. La rentabilité matérielle à court terme nous dicte ce que nous devons faire ; elle détermine nos choix. Dans " rentable ", il y a rente : un idéal de petits vieux. Quand on veut redresser la natalité, on fait valoir que c'est nécessaire " pour payer les retraites ". Aucune autre motivation ne serait plus audible.

Le matérialisme inhérent, en dernière analyse, au libéralisme comme au marxisme, n'est finalement que la dissolution de l'âme intérieure. Disparition de l'action non motivée par l'intérêt personnel ou l'existence immédiate. Refus d'un " autre monde ", façonné par l'éternité des souvenirs. Dissolution de ce qui, nous dépassant, pourrait nous contraindre et, nous contraignant, nous mettre en forme. Le règne de la quantité, pour reprendre une expression de René Guénon, c'est aussi cela : hic et nunc, rien de plus.

(Suite)

13.05.2008

Rétablir l’ordre, mais quel ordre ?

11.05.2008

Emission derrière ta porte

06.05.2008

Rétablir l’ordre, mais quel ordre ? 10/10

L’Etat garant de l’ordre au nom du bien commun

"L’Etat doit assurer la sécurité des personnes et des biens, c’est un devoir sacré", écrit l’ancien ministre de l’Education nationale, Claude Allègre dans l’hebdomadaire L’Express. S’il est un point sur lequel tout le monde s’accorde, c’est donc bien que la sécurité relève de la responsabilité de l’Etat. Mais plus il s’attribue des compétences en allant bien au-delà de celles qui lui sont réservées, moins il est capable de remplir ses missions régaliennes. Si l’Etat a pour mission de garantir la paix civile et la concorde, c’est pour permettre à chacun de s’épanouir. Mais vouloir restaurer l’ordre public est illusoire si, corrélativement, les hommes politiques refusent de subordonner leur politique à l’ordre naturel.

04.05.2008

Jean-Sylvain Bailly, premier maire de Paris

02.05.2008

Rétablir l’ordre, mais quel ordre ? 9/10

Libérer l’homme de l’ordre ?

L’ordre naturel est, pour les adeptes du libéralisme philosophique, purement humain et strictement social. Il constitue, selon eux, un carcan, obstacle à la pleine "liberté" de l’homme. Il en est de même de la notion d’autorité dont Jean Ousset écrivait que l’opinion générale veut que "Liberté et Autorité (soient) deux choses qui s’excluent ou tout au moins deux choses très difficiles à concilier".

Mais il n’est pas de pure liberté sur cette terre. Ce n’est que dans le cadre d’un ordre que l’homme trouve la liberté. Lorsqu’il fait de la chute libre, le parachutiste se sent libre. Mais il ne l’est que dans le cadre de l’ordre constitué notamment par le parachute qu’il a sur son dos. S’il veut être absolument libre, comme les tenants du libéralisme philosophique veulent l’être dans la vie sociale, il en meurt. Désirant être libéré de toute contrainte, il largue son parachute, mais sa "liberté" ne dure que le temps de sa chute. Et si l’ordre est faux -quand il n’a que l’apparence de l’ordre- la liberté est bien moindre que celle que nous pouvons avoir dans un ordre naturel des choses

L’ordre est le champ de la liberté de l’homme. Comme partie du Tout, l’ordre public est le champ de la liberté qui se décline en libertés d’aller et venir, de relations sociales, de travail, de commerce... Derrière le strict enjeu du problème de l’insécurité, se profile donc un défi majeur, celui de la définition de la liberté, de l’ordre, de l’autorité ce qui prouve bien que nous devons être formés à toutes ces notions pour pouvoir bien agir.
 
A suivre : L’Etat garant de l’ordre au nom du bien commun

29.04.2008

Rétablir l’ordre, mais quel ordre ? 8/10

Ordre et Autorité : le champ de la liberté

Certains affirment que les lois contre l’insécurité sont liberticides. Dans une "Chronique du bon sens", Gustave Thibon racontait que, suite à un article, un lecteur lui écrivait : "Vous, les hommes de droite, vous ne changerez jamais : vous préférerez toujours l’ordre à la liberté" (sic).
 
Derrière cette accusation, il faut voir la fausse conception de la liberté qui est, comme l’écrivait Jean Ousset, "essentiellement conçue comme un rejet, un refus de tout ce qui peut, de l’extérieur, ordonner l’action de l’homme... de tout ce qui étant « autre » que lui risque de s’imposer ou d’agir dans la détermination de son comportement". "Ordonner l’action de l’homme", c’est l’inscrire dans un certain ordre : définir la liberté, c’est définir l’ordre qui la favorise.

L’ordre et la liberté vont de pair. Ecoutons, une nouvelle fois, Gustave Thibon qui répond à son lecteur : "Je ne préfère pas l’ordre à la liberté, ces deux choses n’en faisant qu’une à mes yeux. Il n’y a pas d’ordre sans liberté : un corps, par exemple, est d’autant mieux ordonné que ses organes fonctionnent plus librement, chacun à sa place et dans ses limites. Réciproquement, il n’y a pas de vraie liberté sans ordre : dans un corps déréglé par une grave maladie, les organes sont gênés dans leurs fonctions... Et, c’est vrai aussi pour la société : imaginez une ville livrée à l’émeute et au pillage ; chacun y tremble pour ses biens et pour sa vie, n’ose plus sortir ni s’exprimer - personne n’est libre".
 
A suivre : Libérer l’homme de l’ordre ? 

28.04.2008

Rétablir l’ordre, mais quel ordre ? 7/10

Légitime défense et groupes d’autodéfense
 
Distinguons alors la légitime défense de la vengeance qui toutes deux peuvent apparaître comme une violence. La légitime défense est l’expression de la force qui pallie l’absence de forces de l’ordre, tandis que la vengeance est une violence. La force canalise nos comportements. Or la légitime défense se définit en particulier par la proportionnalité de la réponse à l’agression. Cette proportionnalité, c’est notre comportement canalisé en fonction de la finalité à atteindre. Si la réponse à l’agression n’est pas proportionnelle, il n’y a plus de légitime défense ni d’usage de la force mais il y a violence.

Face à l’insécurité, de nombreux quartiers ont vu s’instaurer des "milices d’autodéfense". Qui refuserait de protéger les quartiers où il habite lorsque ses enfants rentrent à la maison à la nuit tombée ? Personne sinon un idéologue... S’il faut œuvrer pour que l’Etat remplisse ses missions régaliennes, parmi lesquelles la sécurité des personnes et des biens, cela n’empêche pas de prendre des mesures conservatoires, en aval de l’insécurité. En d’autres termes, créer une "garde" de quartiers peut relever directement d’un devoir civique. Tout le problème résidera dans l’action concrète : naissant de l’absence d’ordre, il n’y a rien qui puisse la retenir et la canaliser. Les dérives sont donc faciles et ce palliatif de la force publique peut aisément se muer en violence en particulier par des actes de vengeance. Nulle condamnation de principe donc, mais un devoir de grande prudence dans l’action, éclairée par un juste souci du bien commun.
 
A suivre :  Ordre et Autorité : le champ de la liberté

27.04.2008

Rétablir l’ordre, mais quel ordre ? 6/10

Existe-t-il une violence légitime ?

Lors d’un congrès de Lausanne intitulé "Force et violence", Jean Ousset expliquait : "La violence comme telle n’est pas curative. Elle peut servir à débarrasser d’un parasite malfaisant un corps social menacé depuis peu, ou superficiellement atteint. Elle n’a jamais suffi et elle ne suffira jamais à redonner la santé à une communauté sociale...". Si une violence peut donc être légitime, son champ d’action demeure très limité. Mais comment juger de la légitimité d’une violence ? Dans "Les notions de force et violence", il écrivait ceci : "Si la force, la vraie force, est UNE, comme la vérité, comme l’ordre dont elle est une vertu, il y a par contre violence et violence. Une violence juste, bienfaisante, reconstructrice lorsqu’elle s’attache à la défense, à la restauration de l’ordre vrai ; une violence injuste, malfaisante, lorsqu’elle s’applique à détruire". Mais une violence qui apparaît légitime n’est souvent qu’une force qui ne dit pas son nom : celui qui, par exemple, dit se faire violence à lui-même, ne fait qu’user de la vertu de force. Lorsque que nous disons que l’Etat possède le "monopole de la violence légitime", nous parlons en fait des forces qu’il a pour faire respecter l’ordre.

La violence pouvant être une réaction au désordre, nous mesurons la difficulté de qualifier cette réaction. Relève-t-elle de la violence ou de la force ? Au-delà du désordre moral, social et politique, elle respecte l’ordre naturel. L’ordre visible a disparu mais non l’ordre des choses qui demeure malgré tout. Ne peut-on pas parler de force puisqu’elle tend au bien malgré le désordre ?

A suivre : Légitime défense et groupes d’autodéfense

Financiers parisiens d'hier et d'aujourd'hui



Que n’ai-je ici sa voix pour crier à ma patrie que, tant qu’elle n’immolera pas cette redoutable et cruelle finance qui fait couler dans les larges bassins du luxe le pur sang de l’Etat, le nombre de pauvres, qui va en croissant chaque année, laissera bientôt à sec l’agriculture, le commerce, les arts utiles et consolateurs ; si le gouvernement n’affaiblit pas peu à peu cet agiotage scandaleux qui tue la morale et dessèche la subsistance du peuple ; s’il laisse la finance concentrer tout l’argent dans les mains d’une petite portion de citoyens ; si les grands capitalistes sont les seuls qu’on considère ; et si tous les ménagements sont pour eux, les princes et les sujets seront bientôt desséchés par ce corps dévorant.

Eh ! Que fait la finance ! Elle fait vivre quelques laquais de plus, elle donne aux modes un cours plus rapide ; mais ce ne sont là que des palliatifs. Ces riches envoient leur argent aux Indes et à la Chine, et leur opulence ne tourne point au profit des pauvres qui vivent en France. Malheureux le siècle vendu aux riches, et où l’or a un pouvoir prodigieux !

Louis-Sebastien Mercier, le tableau de Paris, 1788

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